F21 du TET 2024


Déjà rien que le titre, tu sais ou tu sais pas ! Si tu sais pas, je t’explique, même si tu sais d’ailleurs !

Assez étonné par l’aisance de Tintin le 650 Transalp dans ce qui est pour moi inhabituel je décidais de proposer à cette machine un itinéraire sur mesure, rien que pour voir comment elle allait maltraiter un débutant « pistes et chemins » comme moi.

Le TET, Trans Euro Trail est un ensemble de parcours européens mis à jour régulièrement permettant aux amateurs de trail de traverser l’Europe avec un tracé orienté off-road. Même si certains secteurs sont de la petite route goudronnée, l’idée générale et d’offrir un parcours agréable avec des portions parfois bien techniques, dédié aux enduros légers, mais beaucoup s’y lancent avec des trails routiers.

J’ai opté pour une partie du tracé F21 qui relie Bergerac à Saumur, en passant pratiquement sur le pas de ma porte. Vu la difficulté et ma méconnaissance des techniques « trail », je limite la portion de Niort (en gros) à Saumur pour le jour 1, et retour en allant vers Limoges pour le jour 2 : Deux jours, ça sera sûrement bien assez pour ma condition physique, faut que ça reste, au moins rétrospectivement, du plaisir.

J’ai prévu de partir en autonomie, on est au mois d’août, la toile de tente et de quoi manger sur deux jours, tout ça soigneusement emballé dans le Drybag et je prends la direction de Benon, le GPS de rando sur le guidon avec le tracé GPS sous le nez : C’est aussi ça qui est bien, on peut télécharger le GPX et suivre la trace !

Le tracé débute par du chemin peinard, il fait beau, le Transalp est à l’aise, moi en confiance, la balade est agréable.

La traversée de la « venise verte » se fait entre chemins, petits ponts parfois avec de belles marches, le GPS de rando, ce n’est pas un GPS « auto », régulièrement je sors de la trace, reviens sur mes pas, il n’y a pas de guidage mais il est impossible de se perdre pour autant.

Bien sûr je m’étais renseigné avant de partir, il y a une communauté assez active sur facebouc, je savais qu’une portion à venir allait être très technique, et que je devrais l’éviter. Par contre, les chemins envahis par la végétation furent une surprise. Qu’à cela ne tienne, j’ai un sur-pantalon épais, les bottes, debout sur les cale-pied, chaud devant la broussaille, je passe !

Je croise des cyclistes sur un single, puis un cavalier sur une piste étroite de sable : Je coupe le moteur pour les laisser passer, le canasson a un peu peur de la moto, moi j’ai plutôt peur des chevaux, de leurs réactions surtout. Je poursuis, mets un coup de guidon à petite allure pour ne pas accrocher une grosse ronce, sur un banc de sable mou, sanction directe…

La technique pour relever la machine a pourtant été étudiée mais dans ce cas de figure, la machine glisse quand j’essaie de la relever, j’ai à peine la place de me positionner, le bord du chemin est nettement plus haut que la machine, je ne peux la pousser avec le dos… Bref, je passe un certain temps à la relever et surtout je chope une bonne suée. Tintin redémarre sans souci, c’est reparti !

Je commence à me sentir à l’aise, finalement, la première taule ne me fait pas craindre la prochaine, car c’est le principe : On ne roule pas vite, les portions « techniques » font chuter, c’est l’apprentissage ! L’essentiel est de savoir s’écarter de la moto pour ne pas se blesser, et le principal est que la moto ne s’abîme pas…

La surprise suivante est un chemin de grosses pierres, je l’attaque timidement, toujours en cherchant à poser un pied pour ne pas tomber, mais sur un coup de gaz, je vois qu’il est beaucoup plus facile d’avoir un peu de vitesse pour que Tintin sautille de pierres en pierres, les suspensions font le travail, le filet de gaz donne l’équilibre, debout sur les cales-pieds, c’est assez plaisant ! Je m’arrête car les pierres qui roulent sous la roue avant rendent approximatif le guidage et si je peux éviter de sortir du chemin, c’est mieux ! Pied à terre, je me rends compte qu’il est plus difficile d’avoir de l’équilibre à l’arrêt qu’en roulant. Une photo et ça repart !

Epreuve suivante, un passage dans des ornières séchées sur un single, choix cornélien, dans les ornières il y a de gros trous où la moto touche de partout, en haut, on se fait rapidement invité vers le bas… Manque d’expérience là dedans mais ça passe.

J’arrive autour de Champdeniers, je descend un chemin de pierre pour arriver à un petit cours d’eau, le cadre est mignon comme tout mais je me méfie, je dois être proche de la partie que je devais éviter.

Une inspection à pied de la suite s’impose : Le pont se contourne, la trace montante faite de caillasses roulantes et grosses pierres glissantes semble assez technique. Infranchissable ? Non, je n’en ai pas l’impression, tout va bien pour le moment, pourquoi ça se passerait mal ? Puis reprendre les quelques centaines de mètres de chemin qui m’ont mené ici ne m’emballe pas. Le piège s’est refermé ! Allez, go !

J’enquille, prend une allure adaptée, un franc filet de gaz pour assurer, Tintin saute, l’entends le cadre taper régulièrement le sol de pierre, c’est rock’n’roll quand même…

J’ai un peu mal pour ma moto, ça cogne dur dessous, je ne sais pas dans quel état je fais retrouver l’échappement ou pire…. …heureusement je sais que la béquille centrale protège bien le dessous. Je vois le bout du chemin, ça grimpe, il reste un très grosse marche à franchir, un intant d’hésitation, pas assez de vitesse, la roue avant passe la marche, Tintin s’arrête et m’invite à aller visiter la haie sur la droite…

Je retire mon sac de selle, pose ma veste, mon casque, j’ai vraiment chaud. Impossible de relever le Transalp, à moitié dans les ronces… Le sabot moteur porte sur la marche et les deux roues sont dans le vide, je décide de tirer la moto par la roue arrière pour la faire redescendre, pas le choix. Je suis HS, je comprends qu’à deux, ça aurait été mieux… Bref, je voulais éviter cette portion, c’est raté. Vingt ou trente minutes pour remettre la machine à la verticale, les ânes de pré d’à côté semblaient se payer ma tête, ils en avaient le droit ! Le bourriquet de l’histoire c’est moi ! La moto redémarre sans souci, pas de bruit suspect, rien de vraiment abîmé, je suis bluffé quand même !

Je prends un franc élan, pose le regard loin, m’élance vers cette marche, et voilà, du premier coup, c’était pas compliqué ! Je me ré-équipe, repose le sac sur la moto et file, aussi discrètement que je suis arrivé, en ayant fabriqué ici un souvenir mémorable, une petite galère. Je poursuis, route, chemins et bois, jusqu’au moment où ça ne passe plus !

La végétation très basse, à la hauteur du tableau de bord, ne me permettait pas de gérer l’équilibre debout en même de passer, il faut faire demi-tour…. Le chemin est très étroit, les ornières n’autorise qu’une marche arrière… Heureusement, je n’ai pas trop insisté, je n’ai que quelques dizaines de mètres à faire en essayant de ne pas me faire tomber la moto dessus…

J’enquille un autre pierrier, pas facile car en dévers, la roue avant part un peu à l’aventure, je perds un peu l’équilibre, en me retenant je mets un coup de gaz involontaire, l’équilibre revient aussitôt, j’ai évité la tôle et confirmé que si tu veux rester debout, faut ouvrir ! Satisfaction de courte durée, la trajectoire vers la végétation en aval me fait ralentir, une pierre ou peut-être une racine, et paf, par terre. Ce coup-ci, le laisse le miroir du rétro droit à la nature….

Je relève facilement ce coup-ci Tintin, après une photo souvenir… Quitte à faire le touriste… J’ai chaud, je suis en nage sous mes équipements, sacré journée quand même, la fatigue s’installe un peu, je commence à chercher l’arrivée et compter les kilomètres à faire, bien que la difficulté se compte en passages techniques et pas en kilomètres.

Je finis cette portion en longeant la rivière « Le Thouet », chemin, route, tranquillement en évitant de déranger les pêcheurs qui n’ont sûrement pas envie d’entendre passer des motos sur leurs spots. J’arrive à St Loup Lamairé, c’est joli, je me rappelle aussi que je ne suis pas parti pour passer mon temps à ramasser la moto, mais pour me balader !

Le tracé du TET propose de me faire franchir un guet assez long, potentiellement limite trop profond, je m’arrête et réfléchi : Si je glisse sur une pierre dans l’eau, tout va baigner et tout seul avec une moto qui ne redémarrerait pas, au milieu du guet, ça sent le clap de fin… Ou alors je passe sur l’étroite petite passerelle ? Non, c’est une idée encore plus stupide, je ferai tomber la moto d’assez haut dans l’eau avec sûrment des dégâts… N’est-il pas temps de renoncer à cet obstacle.. …et de prendre le pont routier qui m’oblige à un détour d’au moins …3 km ? Hé si !

Ma progression me permet d’envisager d’arriver au terminus pas trop tard, il n’y a presque plus de passage particulièrement techniques, un peu comme ce matin. Je dois juste longer une rivière dans de hautes herbes, debout, tout schuss, j’essaie de deviner la présence d’ornières : Le sol est de la vase séchée sur laquelle les herbes cachent tout. Un petit départ en sucette de la moto, gaz, ça repart, une ornière se devine à nouveau sous la roue avant, mauvaise position peut être, mauvais réflexe, en tout cas, tout le monde descend ! C’est la seule taule prise avec un peu de vitesse (35km/h ?), l’atterrissage est un peu plus brutal mais le sol amorti bien. Et de quatre… Je repars beaucoup plus prudemment, c’est bon j’ai compris la leçon… La vitesse c’est l’équilibre mais c’est aussi le facteur critique quand l’équilibre fout le camp…

J’ai une hésitation : Je suis proche de mon but de la journée. Un agriculteur travaille dans son champs. Le pré a l’air sympa, il y a un bel arbre sous lequel je pourrai poser ma toile de tente… Mais je trouverai sûrement une fois arrivé un coin comme ça, je poursuis. J’arrive à Fonteveau l’Abbaye, une ville qui semble assez chicos, les gens endimanchés peuple les terrasses, je ne me sentirai pas à l’aise, tout dégueulasse et épuisé, d’aller boire un verre de la victoire… J’oublie l’idée d’une bière pourtant bien méritée… Une douche. Ca, ça serait bien. Donc un camping. Recherche internet, les campings à proximité sont blindés, pas une seule place. Demain, ferais-je le tracé « retour » ? Non, c’est bon, j’ai ma dose, tout seul la difficulté est décuplée. Au final, je ne suis qu’à 2h30 de route de la maison et de tout son confort. Ai-je vécu ce que je voulais ? Oui, pleinement, le 650 Transalp est plus limité par mes capacité sur le off-road que par les siennes. Les TKC70 sont efficaces dans ces conditions, plus que moi là encore. Il me semble raisonnable de prendre la route goudronnée du retour. J’ai encore pu apprécier ces 150 minutes de roulage « fonctionnel », malgré tout Tintin me traine à bonne allure, en confort, et sans me tenir rigueur de la maltraitance de la journée. Seule la tôle de protection de l’échappement a pris un peu, quelques coups de marteau plus tard et un coup de peinture, elle aura l’air neuve. Bon, tu vois, en fait, ça a été une journée riche en enseignements, de la confiance en sa monture, en soi, de l’humilité, encore plus quand tu dois assumer seul un mauvais choix. Ca a TETé une belle journée !


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