il n’y a forcément rien
Automne 2013. Mon toubib est parti à la retraite, j’en trouve un autre, au pif, son nom m’a fait marrer : Bobeau. Pour un toubib, c’est pas mal. Consultation, j’ai perdu beaucoup de poids, je fait exagérément du vélo, pas de moto, je suis dans ma période voile et passe le moindre euro de rabe dans l’entretien de mon petit voilier. Tout va bien mais je suis souvent gêné pour pisser. Taux de PSA au dessus de la norme. Ha c’est brut cette note de blog, je te préviens, c’est du médical ! Le gars en face de moi se paie ma tête, à 43 ans il n’y a forcément rien, probablement la position sur le vélo, des dizaines d’heures de selle pour des randos de deux cent, trois cent… six cent kilomètres… Exagérément, mais c’est tellement bon d’avoir un corps qui marche à merveille. Bon, si tout va bien…
Automne 2023
Le groupe de la Madone se retrouve et après un excellent brieffingzzéria d’avant concentre, nous n’avons jamais été aussi prêts ! Tellement que je me suis même inscris à une autre concentre en février, la Truff, La forme et la motivation sont là !
Les quelques mois qui ont précédé ce week-end du 6 décembre 2023, date de mon anniversaire, entre l’amèrtume de l’âge qui avance et la le goût acidulé, enfantin, de me voir vieillir mais pas vraiment grandir, j’étais partagé : le 1400 GTR, enclume GT pour les Millevaches, est-ce réellement une idée intelligente ? Je n’ai pas trop d’expertise en la matière, en terme d’intelligence je veux dire, mais la possibilité de faire tomber 2 ou 3 fois d’affilé la grosse vache (son petit nom..) me gênait (…entre la casse, la fatigue, la vexation d’avoir eu une idée plus débile que les autres…).
Les sanglots long de l’automne poussent ma réflexion, avec un poil de recul, je me dis que j’ai du bol d’avoir ce genre de soucis, j’ai toujours mon stock de médicaments à prendre depuis mars 2021 mais tout va bien, un poignet qui m’embête, de la vieillerie, comme la tuyauterie qui justifie un suivi urologique et un médoc un prime dans le pillulier.
Finalement, en septembre, je me décide, je regarde depuis un moment pour une machine adaptée aux hivernales, quand je te dis que je suis motivé.. Je dégotte, avec les bons conseils d’Yves, un 650 Transalp, assez propre, quelques bricoles à ma portée à faire.
Rapidement convaincu par cette machine, le plaisir de rouler sur les chemins en herbe ou petits chemins blancs sans stress, je n’ai jamais eu de trail, mais je m’y fais pas trop mal ! Reste que sur la route, c’est pas un foudre de guerre quand même, il y a sûrment eu 55 chevaux 20 ans plus tôt… Mais où sont-ils ?
Choix crutial, les pneus : Bons partout, je voudrai. Le mouton à 5 pattes. Surtout des pneus rassurant sur le dur mouillé mais pas handicapé dans le gras commence à savoir ce que je veux ! J’opte pour des TKC70, finalement un très bon choix pour moi. J’ai dégagé la selle creusée au profit d’une selle normale, ajouté un support de valises pour écarter des sacoches cavalières, bricolé 2-3 choses et on est prêt ! La météo s’annonce venteuse et pluvieuse, pas forcément le pire scénario mais pas loin…
8 Décembre
Me confiant aveuglément l’itinéraire, nous partons presque à l’heure en direction de Guéret, dans la Creuse. Oui, c’est pas la route, et alors ? La promesse d’une bonne table avec 2 amies justifiait pleinement le détour. A mon avis. Avis que personne ne partage. Sauf les amies. Bon, d’accord, on a perdu trop de temps, mais on a bien mangé non ? C’était sympa ? Bref, on est arrivé à la nuit tombée avec le repas du midi trop copieux encore bien sur l’estomac. Mais faut pas râler, ça fait un souvenir !

Après le passage habituel à Meymac pour se faire badger, direction le plateau et enfin le site : Nous devons monter sur le champs amont, à gauche, en passant par le « chemin de fer » (comprendre couvert de tôles de désensablement). Partiellement. Après, débrouille toi dans 20 cm de gadoue, une brelle surchargée et des équipements d’hiver qui n’offrent aucune mobilité… Je plante la roue avant, perds l’équilibre sur la gauche….
Bim, dans la merdasse. Je remonte et reperd l’équilibre sur la droite : Pas de jaloux dans la gadoue. J’envisage de rester là, mais il y a déjà beaucoup de monde et, bon, on préfère m’aider à aller plus loin. Moins gras, pas de chute, on fini en haut du champs pour l’installation nocturne des guitounes : Cette année, j’en ai pris 2. Une pour moi et une pour mes équipements. Je pense que c’est une bonne option de confort.

On est un peu rincés, le temps est très humide et nous finissons par partager un braséro avec un autre petit groupe, de quoi finir assis, réchauffés, à faire cuire nos plats, Florence m’a préparé un stock de ragoût de boeuf, ça se prête parfaitement à la situation. Petit tout à l’abrevoir pour se réchauffer, quelques photos et rapidement, bonne nuit les petits !

9 Décembre
Un bon petit déjeuner, café chaud à l’abris dans ma toile de tente, la journée va commencer un peu comme par habitude, aller chercher quelques morceaux de bois, trainer seul, en groupe, en binôme sur le champs à la recherche de la moto la plus jolie, la plus improbable du moment.

Le temps n’est pas terrible, il doit faire dans les 6°c, très humide, crachin, toutes les raisons pour passer un peu de temps dans le grand tivoli, très humide aussi mais avec la chaleur animale en plus ! Le sol est détrempé et il est difficile de marcher longtemps là dehors sans avoir l’impression d’être une mouche sur un ruban adhésif, collé au plafond de mémé !

Faut dire, c’est un peu là qu’on se dit « tiens, l’année dernière j’avais que c’est bon, ça suffisait, je suis encore là, mais bon ce coup-ci, c’est bon, c’est pas agréable, ça suffit ». Quasi parole d’ivrogne !

A l’heure de midi, vu que finalement on aurait presque fait que manger pour s’occuper, nous profitons de la grande toile de tente de Nicolas pour se retrouver tous à l’abris, façon auberge espagnole.

On était bien, à manger un peu de tout, boire un peu de tout, rigoler d’un peu de tout, essayer de faire des blagues… Et passer le temps vu que l’extérieur était fortement inhospitalier…. Météorologiquement parlant !

Visiblement, tout le monde avait pris ce parti, pas grand monde à déambuler… A l’heure de la sieste, attaque surprise du marchand de sable…

Les quelques pas pour une « vidange » nécessaire révèlant que, certes, il y a du vent, mais je n’ai pas été trop sombre, une bonne sieste avant de me coucher me fera le plus grand bien pour une nuit reposante ! Vidange avec un peu de difficulté, les fringues, le froid, dodo, de toutes façon ça déconne dur depuis 2021 de ce côté là, le pire c’était en sortant de l’hosto après 4 jours alité, j’en avais le bide gonflé. Mais là, c’est plus le « régime » de l’après midi je pense !

La soirée est à l’image de la journée où finalement, on est bien à l’abris. Braséro, retour de la vengeance du boeuf bourguignon et hop au lit. Une fois de plus je rate le feu d’artifice… (il a eu lieu ? J’ai même un doute !)

Mais avant, précaution d’usage, re-envie pressante. Là, je ne sais pas si je dois écrire ce que j’ai vécu. Je prépare le terrain depuis le début de l’article… Bref c’est là que tout est vraiment parti en sucette. Je ne tiens pas ce blog pour me plaindre, ni même être lu, en fait, c’est juste pour que je puisse me rappeler plus tard comment j’étais content de faire ce que je fais. Sauf que, l’affaire à la main, dans le froid et sous la bruine, Brigitte ne pleure pas. C’est fâcheux. Bon, ça sera pour plus tard. Je me couche. Je m’endors ? Non, il faut que ça se fasse. Je sors ma bouteille « pour la nuit et pour pas me geler dehors », même topo, grosse envie mais quelques gouttes. Il en sera ainsi toute la nuit.
Vers 4 ou 5 heure du matin, la vessie endolorie, sale et puant la fumée du braséro, je me dis que je pourrai tenir encore quelques heures, le temps de rentrer rapidement à la maison prendre une douche, aller voir un toubib… Aux premiers rayons de soleil, je range tout, comme je peux, j’ai mal. Ma super bonne idée de deuxième toile de tente a fait que je ne me suis pas rendu compte que mes équipement ont pris l’eau, tant pis, je ferai avec, pas le choix. Je devrais aller voir la sécurité civile, leur expliquer, qu’ils me fasse hospitaliser, mais non, laisser la moto et tout ici, non, autant tenir un peu… Difficile d’être raisonnable quand on se prépare pour un week-end un peu rustique, j’ai décidé que j’irai et je rentrerai, je suis borné…

Je pars sous les regard d’incompréhension et d’inquiétude des copains, désolé, je serai plus long en explications plus tard, Tintin le Transalp est chargé en vrac, il me reste à sortir du champs, debout sur les cale-pieds je passe dans le gras, monte la petite bute qui permet de retrouver le bitume, sans une hésitation, la technique est bonne, acquiessent les motards qui regardent le manège des départs, je me retourne pour remercier ceux qui ont du m’aidé, c’est passé tellement facilement.. …et surprise, je l’ai fait seul. Autocongratulation de rigueur !
Le retour, effroyable, quasi impossible de bouger les jambes pour changer les vitesses, et j’ai pris tous les feux au rouge à Limoges. Je métais arrêter deux ou 3 fois pour essayer, mais non, rien, je perds du temps.
J’imagine tous les sénarios, j’essaie d’oublier la douleur, le Transalp lui, accepte de rouler toujours en 5eme, en ville ou pas, c’est un bon camarade d’infortune. Mes affaires sont trempées, j’ai froid, mais j’ai plus mal que tout. Les kilomètres défilent, le temps passe, je découpe par tranche de trente minutes pour supporter la progression…
Arrivé à la maison, je pose le Transalp, file sous la douche, appelle ma moitié pour qu’elle m’emmène aux urgences, l’eau chaude ne change rien.
Appel du 15, dirigé vers les Urgences de Rochefort, il doit être 17h, je n’ai pas uriné depuis presque 20 heures, j’explique ma situation parce qu’il y a plusieurs heure d’attente, précise que j’ai vraiment mal, réponse « mais monsieur, ici, tout le monde souffre ». Ha.
Finalement, j’ai été pris en charge rapidement, échographie, ça sent le record, l’infirmier est même surpris que je ne soies pas en train de hurler de doubleur… Ben en fait, si, mais je ne suis pas très démonstratif… Sonde. Soulagement… environ 2 litres, ça tient de la déraison, clairement, j’aurai du, j’aurai du… mais j’ai fait autrement. Je m’endors là, aux urgences, raccordé à l’extérieur par un tube, le matériel en exposition.
Avril 2024
Je suis opéré, adénome bénin, deux jours d’hosto et c’est tout. Je garde pour moi les mauvais souvenirs, je partage volontiers les rires nécessaires pour dédramatiser tout ça. J’ai du annuler ma participation à la Truff hivernale, bien sûr, même si j’ai essayé de rouler un peu tout a été compliqué depuis décembre. Je sais qu’on est loin de la moto, des Millevaches 2023, je sais que j’y retournerai pour que ce coup-ci, tout se passe bien. D’ailleurs, la chose raisonnable à faire maintenant est de m’occuper de mon poignet qui est cassé, en fait, avant que ça ne dégénère au pire moment.
Je ne peux que remercier Florence, ma femme, ma famille qui se sont inquiété plus que moi, mes amis (en particulier Alain, Nicolas, Yves et Thierry) qui sont d’un soutien sans faille ainsi que les soignants du service uro de St Jean d’Angély et bien sûr, Tintin, machine exemplaire. Si j’ai deux souvenirs, ce sont des bons : L’infirmière qui m’a expliqué l’auto-sondage, situation embarassante, décalée, « Monsieur, on vit un grand moment »… Et l’anesthésite qui m’a accompagné dans le froid de la salle d’opération, en me caressant le visage tandis que l’anesthésiant prenait mon corps, elle me disait « pensez à quelque chose d’agréable ». Avec ce froid je ne pouvais que m’imaginer dans mon duvet, aux 1000 vaches, en train de me geler et juste heureux de le faire.

