Millevaches 2024


Le monde n’est pas parfait, c’est comme ça qu’il est idéal.

Vu le fiasco de l’an dernier, on peut se poser des questions. Tu peux te dire que rouler quand il fait froid pour camper dans une situation rustique, c’est un peu particulier comme approche de la moto. C’est vrai. On a beau mettre en avant les valeurs endémiques de respect, de partage et d’humanité de cette concentration, la découverte de machines exotiques, customs faits mains, rats, side improbable, de personnes qui sont des personnages, il reste difficile de répondre à la question réccurrente « Mais pourquoi ? »

Alors je vais essayer de te brosser le récit de ce que pourrait être, pour moi, une hivernale des Millevaches idéale. Parce qu’on est d’accord, il y a autant de notion de parfait qu’il y a de participants.

Tout d’abord, il faut y aller. En hiver. Pour certains c’est un périple en milliers de kilomètres, une frontière à franchir ou deux. Pour moi, c’est 350 km. Autant dire que c’est à côté. La convivialité du moment commence ici : Y aller seul c’est une possibilité, mais autant partager le trajet, avec si possible des gens sympathiques sur des motos à peu près fiables. Et même proposer à des novice de nous accompagner ? Allez, au hasard, Thierry et Yves, de toutes les hivernales, Sylvie, l’ether luminifère de Thierry, Nicolas et Alain, fraîchement piquousé à la concentre et un petit nouveau, Christophe ? Ca serait parfait ! Non, ça serait trop parfait, on va dire qu’Alain à d’autre préoccupations pour venir. Le monde n’est pas parfait, c’est comme ça qu’il est idéal.

La route, vraiment, le vendredi, il faudra que ce soit sec. Arriver trempés comme des soupes, c’est gâcher le week-end d’avance. Mais pas trop sec quand même, on est en decembre ! Avec un trajet maintenant connu, Niort, Sauzais-Vaussé, Confolens, Limoges, Meymac…. Mais il faudra forcément qu’on se perde un peu en route, par exemple suivre trace GPS que j’avais concocté pour qu’Alain n’aie pas à faire 30km de voie express avant Limoges, option rejetée en l’absence de cause. Oui, Alain est une cause. Dans ce cas là. Et puis il faudra bien l’anecdote mécanique, on peut confier ça à Thierry ! Donc, on roule, on fait une inspection quasi gynécologique de la Gold, un bruit de frottement sans conséquence, on se pert un peu à la sortie de Confolens, puis on arrive à notre étape de Feytiat.

Pause au Relai Calmos FFMC / Super U : La FFMC87 offre sandwich, café, aux motards de passage, ça c’est cool !

Il faudra arriver à Meymac pas trop tard. Parce qu’installer le campement de nuit, on l’a fait, c’est pas idéal. Donc si a 16h on peut être installé, au sec, braséro démarré, ça serait parfait !

Ensuite, il se passerait quoi ? On pourrait par exemple s’installer autour du feu, prendre l’apéro tranquillement entre potes en refaisant le monde ?

Ou même, avec un peu de chance, ça serait le jour de mon anniversaire, l’occasion d’aller brayer un « joyeux anniversaire Franck » à l’abreuvoir. Toujours avec modération, mais en n’en donnant pas l’air, tu comprends, l’image doit coller à la légende, pas à la réalité !

Après une bonne nuit au chaud dans le duvet, le samedi pourrait être consacré à une balade sur le site, pour voir et revoir des motos étranges et la faune des motards des 1000 Vaches. Mais forcément, tu es sur le plateau de Millevaches, il ne peut pas faire soleil tout le week-end, faut pas déconner !

Un samedi sous une bruine pénétrante avec un fort vent, c’est vivifiant, au contact de la nature. Le choix sera vite fait : A l’abreuvoir les pieds dans la gadoue et dans un brouhaha assourdissant, mais à l’abri ou sous la toile de tente bien au chaud dans la couette. Sauf Christophe. La bâche sur la toile de tente provoquant une consensation incroyable, il est trempé au point de devoir rentrer, avec les 4 à 6 degrés et le vent fort, c’est intenable. On s’occupera pour se réchauffer,eux en alimentant le braséro et en tentant de sociabiliser un peu. Certains ont du mal à se remettre de la route de la veille, ou peut être de la soirée où la réalité a tenté de coller à la légende… Une pensée quasi-émue pour ce motard abandonné encore bien torché, qui nous regarde avec ce qu’il lui reste d’acuité visuelle, hurlant « Des potes ? Des potes ! Des Putes ouais ! ». Ha cette phrase pourrait pratiquement devenir un hommage aux lourdeaux torchés dont plus personne ne veut, ou une blague réccurente sur l’amitié… et, ou, sur les lendemains de cuite !

Bref, balade, un Transalaski, un squelettarley, des trucs étranges qui sont assez normaux ici..

Puis faire la traditionnelle photo devant le poteau !

Bref, on pourra dire que c’est n’importe quoi, comme si on arrivait à prendre un peu de recul, qu’on est un peu débile, mais on a laissé nos pensées d’adultes à la maison, on est juste des gamins qui sautent dans les flaques, parce que c’est drôle d’être sous la pluie, c’est drôle de devoir utiliser un tendeur pour pas que le poncho s’envole !

on est juste des gamins qui sautent dans les flaques

Puis encore, on referait le monde, autour du braséro, à partager ce qu’on a emmené à manger, à boire, à écouter les passionnantes aventures de motards venus se joindre à nous. Ou pas.

Comme tous les ans, je raterai le feu d’artifice. Parce que j’aime pas ça, parce que j’aurai les pieds tempés, punition pour avoir laissé les après-ski dans le auvent sans protection (mais consolation, des chaussettes de rechange en pagaille) puis parce qu’on est tellement bien en boule dans le duvet qu’on ne s’en prive pas.

on est tellement bien en boule dans le duvet qu’on ne s’en prive pas

Puis il faudrait un peu de magie aussi, sur un week-end comme ça ? Par exemple, il pourrait neiger toute la nuit, ça serait bien ! L’émerveillement de découvrir le site sous 20 ou 30 cm de neige, ça serait vraiment parfait !

Et bien sûr, comme dans un rêve, Tintin démarre au quart de tour alors que d’autres bataillent avec la faiblesse de leurs batterie et le tour des popottes pour emprunter un booster, si tu as des problèmes tu as aussi des amis !

La sortie du champs serait un peu compliquée par cette neige, mais l’entraide réchauffe les coeurs, et les corps, surtout lorsqu’il s’agit de pousser les moto camionesques sur ce champ. Le retour en toute sécurité grâce au salage des routes, à travers un payage blanc completerait la féérie du moment, avec, forcément, la petite blague du gars qui rate l’intersection et se retrouve à Meymac au lieu de la route de Limoges, parce qu’il faut bien rigoler de quelque chose. Et comme un difficile retour à la réalité, l’arrêt au Mc Do de Limoges nous rappelera combien la société d’où on vient, où on va, est fait d’individualisme, de consumérisque et de choses dégueulasse, du contraire de l’esprit de cette hivernale.

Voilà, c’est à ça que pourrait ressembler une participation aux Millevaches réussie.


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